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Historique
complète de notre MJ
40
ans déjà... L’histoire de la Maison
des Jeunes de Woluwe-Saint-Lambert débute en
1962.
Alors,
avant d’aborder cet historique, une précaution
oratoire : les documents d’archive sont rares
et ce qu’il nous est possible de relater des premières
années d’existence de la MJ tient davantage
de la tradition orale que de la vérité
historique. Le vrai et le probablement vrai s’y
côtoient. Si d’aventure le surfer que vous
êtes en savait plus long que nous, nous serions
ravis qu’il entre en contact avec nous.
En
1962 donc, Monsieur et Madame Louveau sont responsables
d’une « maison d’accueil pour filles
du juge », située dans la maison voisine
de l’actuelle MJ. Pour permettre à leurs
pensionnaires de se divertir, ils décident d’organiser
ponctuellement des soirées dansantes accessibles
aux jeunes du coin. Ces soirées connaissent rapidement
un certain retentissement, si bien que le couple Louveau
veut développer le projet.
La
« maison d’accueil » déménage
et c’est dans le bâtiment libéré
qu’est officiellement créée la Maison
des Jeunes de Woluwe-Saint-Lambert, constituée
en asbl le 1er décembre 1965. Elle est connue
sous le nom du « 45 tours ». Peu de temps
après, la MJ trouve refuge dans une ferme abandonnée
de la place Verheyleweghen, à l’emplacement
actuel du bassin d’orage. Ses activités
se diversifient et le succès va grandissant.
Les
années suivantes sont certainement celles qui
valurent le plus de notoriété à
la Maison des Jeunes de Woluwe. Pionnière du
combat jeune de la deuxième moitié des
années ’60, la MJ développe deux
types d’action. Une action culturelle qui vise
à promouvoir et imposer ce qu’on a appelé
la « contre-culture », une action socio-politique
qui s’auto-déclarait révolutionnaire
et dont le terrain était la lutte idéologique.
En 1968, la MJ se baptise Ferme V en référence
à sa localisation (la ferme Verheyleweghen) mais
surtout en hommage aux étudiants parisiens de
mai ’68 : ceux-ci brandissaient deux doigts «
en V » pour symboliser la victoire de la contestation.
A
cette époque, la Ferme V se distingue par une
programmation musicale de tout premier plan. Dans ses
locaux ou dans Wolu-City (village cow-boy épisodiquement
construit le long de la Woluwe, sorte d’ancêtre
des parcs d’attractions), le plus souvent avec
l’aide du célèbre chroniqueur musical
Pierro Kenrol, elle propose au public des artistes prometteurs
ou confirmés. Genesis y a effectué son
premier concert continental mais on y a aussi vu les
Who, Antoine ainsi que de nombreux artistes engagés
comme Colette Magny ou François Béranger.
L’accent était aussi mis sur le cinéma,
débouchant même sur la création
d’un cinéma de quartier. A la Ferme V,
pour 50 francs, on avait un concert et un film.
Côté
socio-politique, la Ferme V met sur pied où accueille
différentes initiatives progressistes : le Groupe
de Travail du Lundi (cellule de réflexion et
de pression), le Front Commun pour l’Aménagement
Démocratique de Woluwe, le service social «
Help », le groupe « Famille et Sexualité
», le Comité Lycéen,…
Si
cette double action a bénéficié
d’un solide ancrage dans la population (jusqu’à
2000 membres), il eut l’heurt de déplaire
aux autorités locales. En 1971, pour la première
fois, la MJ est fermée d’autorité
par le Bourgmestre Donald Fallon, pour cause d’insalubrité.
Elle put rouvrir après une rénovation
menée par les membres de la Ferme V eux-mêmes
afin de limiter la dépense communale à
500.000 francs.
En
1974, le même Bourgmestre expulse à nouveau
la Ferme V de ses locaux, couvant le projet d’y
loger une école artistique. Et il en fut ainsi,
malgré le combat des jeunes de la Ferme V qui
occupèrent leur local et en furent expulsés
par les forces de l’ordre le 1er août 1974.
Sans autre local, la Ferme V poursuivit néanmoins
ses activités là où elles furent
accueillies (la Maison Médicale de l’UCL,
Le Gué,…) ou dans des salles louées.
Plus de 10 mois plus tard, la Ferme V obtint de la commune
un nouveau local, dans un deux-pièces au 1er
étage du n°40 de la rue de la Station. En
octobre ’76, on lui accorda le n°44 de la
même rue, une ancienne boucherie de quartier.
Mal
logée, la Ferme V devint aussi moins militante,
à l’image d’ailleurs de la jeunesse
de la deuxième moitié des années
’70. La volonté des responsables de l’époque
était d’ailleurs de rompre avec l’image
de marque révolutionnaire incarnée par
la Ferme V. Fidèle néanmoins à
ses valeurs, la MJ souhaitait renouer le dialogue avec
les autorités locales et la population adulte
de la commune. Le changement de bourgmestre au profit
de Georges Désir (encore actuellement en fonction)
constituait une belle opportunité que les responsables
de la Ferme V pensaient optimiser en rebaptisant la
MJ. Le 13 octobre 1981, la Ferme V ainsi fut officiellement
renommée « L’Antichambre ».
La
tension avec les autorités communales ne baissa
pourtant que peu. Il est vrai que les responsables de
l’Antichambre réclamèrent de manière
virulente (jusqu’à la mise en demeure via
avocat en 1984) la rénovation totale du bâtiment,
il est vrai insalubre. A titre de réponse, la
commune proposa l’occupation de pavillons aux
Chantiers du Temps Libre puis, devant le refus de l’Antichambre
d’émigrer dans ce « Walibi de la
culture », invita la MJ à quitter ses locaux.
Mais elle revint sur sa décision et peu de temps
plus tard étudia le dossier de rénovation
présenté par l’Antichambre qui s’était
allié la Communauté française,
laquelle proposait de financer la moitié du coût
du chantier.
Le
dossier en période de latence, l’Antichambre
poursuivit ses activités dans ses locaux de la
rue de la Station jusqu’à ce qu’en
mai 1987 ils furent déclarés insalubres
suite à la visite d’un inspecteur de l’hygiène.
La MJ fut relogée d’abord durant quelques
mois aux Chantiers du Temps Libre (ce qui constitua
un frein important à ses activités), le
temps de pratiquer les aménagements indispensables
dans ce qui devait être son hébergement
durant les travaux de rénovation rue de la Station.
L’Antichambre intégra donc le 25 janvier
1988 un local qui avait abrité précédemment
un club de pétanque, situé au 38 rue Vervloesem.
Elle y est toujours car, ne voyant toujours pas venir
la rénovation rue de la Station, l’Antichambre
signifia officiellement à la commune, en janvier
1990, son intention de conserver à titre définitif
le local de la rue Vervloesem.
Pourtant,
les premiers mois rue Vervloesem avaient fait craindre
le pire. Les habitants de la rue avaient, en effet,
vu d’un très mauvais œil l’installation
d’une Maison des Jeunes dans leur quartier résidentiel.
Et dès l’inauguration, un public non négligeable
regagnait l’Antichambre, non sans provoquer des
nuisances sonores. Une pétition circulant dans
le voisinage amena ainsi le Bourgmestre à proscrire
toute activité un tant soit peu bruyante. C’est
donc très calmement que les activités
reprirent à l’Antichambre, ce qui eut le
don d’apaiser le climat avec les voisins.
Dans
la première moitié des années ’90,
les activités de la MJ se constituaient essentiellement
de concerts (programmés dans une salle de la
commune, puis avec Le Gué), de sport et petit
à petit d’ateliers créatifs, à
commencer par le théâtre. Ces derniers,
souvent vécus comme moyens d’expression
pour les jeunes se diversifièrent rapidement.
Depuis, des projets sont nés autour de la fresque
murale, de la vidéo, de la photo, de la musique…
L’outil informatique fut mis à la disposition
des jeunes vers 1995 et l’internet en 1998. Parallèlement,
l’Antichambre mena chaque année une Opération
Eté Jeunes dans le quartier social Andromède,
puis y créa une école de devoirs, ceci
en partenariat avec quelques associations de la commune,
dont Wolu Inter Quartiers.
En
1997, la Maison des Jeunes célébra avec
fracas, et durant trois jours, sa 35ème année
d’existence. Les festivités s’installèrent
dans la rue et dans trois sites de la commune et proposèrent
une brocante animée, des concerts, une soirée
dansante, une exposition, des pièces de théâtre...
Ce coup de projecteur mis sur l’Antichambre et
les réalisations des jeunes contribua grandement
à la rénovation de son image de marque,
tant auprès des mandataires communaux que de
la population ou des acteurs locaux.
L’Antichambre
s‘attela à bénéficier au
maximum de ce nouveau regard porté sur elle.
Les collaborations et les partenaires se firent plus
nombreux.. La MJ fut invitée par le Centre Culturel
Wolu Culture dès 1997 à contribuer à
l’organisation de la Fête de la Musique
dans le parc Georges Henri. Elle put aussi, toujours
en partenariat avec le Centre Culturel, exposer les
créations des jeunes dans le hall de l’Hôtel
Communal… Les projets des jeunes recommencèrent
à foisonner, avec notamment la réalisation
de plusieurs fresques murales extra muros, un premier
échange international au Québec en 1999,
le retour de la programmation musicale à l’Antichambre
même (sous forme de café-concerts), …
Des actions furent aussi menées avec la dizaine
de MJ bruxelloises affiliées à la Fédération
des Maisons des Jeunes regroupées dans le collectif
Tomatom.
C’est
de ce dernier qu’est né le Collectif Bruxellois
d’Action et de Réflexion des MJ bruxelloises,
qui a rassemblé près de 30 MJ autour de
la rédaction d’un manifeste faisant à
la fois office d’état de la situation et
de cahier de revendications pour le secteur des MJ.
Car l’Antichambre s’est aussi pleinement
investie sur un versant politique, souvent au côtés
de la FMJ. Dans un secteur MJ qui souffrait tout entier
d’une détérioration du financement,
du cadre de l’emploi, du cadre de vie (les locaux)
et de la reconnaissance de son action culturelle, il
s’avérait urgent de réunir les forces
vives. La politique sécuritaire de l’Etat
en direction des jeunes ne pouvait devenir l’unique
réponse donnée aux jeunes en mal de repères
dans notre société. L’année
2000 déboucha sur le vote au Parlement de la
Communauté française d’un nouveau
décret pour les Maisons des Jeunes : plus qu’une
victoire après 20 ans d’attente.
Au
niveau local aussi, l’Antichambre réclame
une dimension politique. Non plus celle d’opposition
systématique, mais celle d’un interlocuteur
important en matière de politique de la jeunesse,
défendant ses valeurs, la place des jeunes dans
l’espace et le débat publics, et revendiquant
son indépendance vis-à-vis des autorités
communales. Ce qui ne l’empêche pas de participer
à des actions pertinentes émanant de la
commune, comme le « nettoyage de printemps »
des zones vertes de Woluwe initié par l’Echevin
des Travaux.
C’est
en toute logique aussi à lui que s’adressa
l’Antichambre dès septembre 1998 pour aborder
sa situation locative. 10 ans d’occupation du
local avaient en effet achevé sa « taudisation
». Pas moyen d’y atteindre les 17° en
hiver, pas moyen d’échapper aux infiltrations
d’eau de pluie, plus moyen d’obtenir de
l’électricité en de nombreux endroits…
Grâce aussi aux bons offices de l’inspecteur
de la Communauté française, le dossier
fut mis sur rails pour aboutir en juin 2000 à
la fermeture de l’Antichambre. Mais cette fois,
il s’agissait bien d’une fermeture pour
travaux : un chantier de 4 mois et de 2,5 millions de
francs étant mis en œuvre par la commune.
Les jeunes de l’Antichambre contribuèrent
aussi largement à l’œuvre, surtout
en maçonnerie et peinture. Probablement pour
la première fois de son existence, la MJ de Woluwe
disposa, en octobre 2000, d’un local sécurisé,
adapté, rafraichi et confortable. Un événement
qui fut salué dans la liesse générale
le vendredi 17 novembre.
Depuis,
chacun a retrouvé ses marques, les activités
ont repris et les projets naissent à nouveau.
A Woluwe-Saint-Lambert, les jeunes se sentent sûrement
mieux reconnus. Et prêts à écrire
l’histoire contemporaine de leur MJ, toujours
avec l’imaginaire aux commandes.
Ils
voudront sûrement s’associer à moi
pour remercier tous ceux qui ont contribué à
garder la flamme en vie, de 1962 à nos jours.
Notamment, Monsieur et Madame Louveau, Omer De Blieck
ainsi que les autres membres fondateurs, Auguste Deneumoustier,
Raymond Veriter, Jean-Emmanuel Bouvy, Maurice De Munninck,
Jean-Paul Hostyn, Philippe Grombeer, Christian Dumont,
Martine Gerlache, Philippe De Leener, Yves Wouters,
Paul Rombouts, Vincent de Schoenmaecker, Philippe Doyen,…
pour ne citer que quelques uns des administrateurs et
animateurs de la Maison des Jeunes de Woluwe-Saint-Lambert,
et sans en citer un seul, tous les jeunes qui y ont
posé leur marque.
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